STAGE 2006
 
Équipe
Brad Loewen, professeur (Université de Montréal), Christian Bélanger, archéologue (Université de Montréal), Monique Laliberté et Suzanne Lachance, spécialistes de la culture matérielle (Université de Montréal), Alain Vandal, responsable de la logistique (Pointe-à-Callière), Sophie Limoges, directrice conservation et éducation (Pointe-à-Callière)
 
Stagiaires : Marie-Ève Boisjoli, Marie-Claude Brien, Ariane Cardinal, Jacinthe Carmel-Mascle, Émilie Desrosiers, Catherine Dupont, Élise Guillemette, Varinia Maldonado, Émilie Patenaude, Virginie Pineault
 
Assistantes : Éliane Bossé, Anne-Claude Murray, Clarice Valotaire (laboratoire)
 
 
Une étudiante partage avec nous son expérience...
 
Un rêve m'habite depuis que je suis toute jeune : celui de voyager dans le temps. J'ai toujours eu cet espoir qu'un jour quelqu'un invente une machine nous permettant d'observer et de comprendre les subtilités de la vie quotidienne des gens qui nous ont précédés. J'étais loin de croire qu'un jour je participerais à un tel voyage.

Ainsi le 1er mai 2006, je partais pour cinq semaines d'aventure. La destination ultime : le fort Ville-Marie. Quoi de plus excitant que de revoir 364 années d'histoire! Bon, j'entrevois déjà vos regards sceptiques : « Une machine à voyager dans le temps? Allons donc! »

Je vous accorde que je n'ai pas pu discuter avec ces artisans locataires des entrepôts du XIXe siècle, ni avec les jardiniers du domaine de Callière et encore moins avec les ouvriers qui ont rehaussé le sol de la pointe d'environ 70 cm avant de construire la maison du gouverneur en 1690. Je n'ai pas vu de mes propres yeux l'allure de la pointe des premières années de la colonie, ni parlé à ses premiers fondateurs, mais ce fut tout comme.

Ce voyage dans le temps, il s'agit en fait de mon premier voyage archéologique lors de mon stage à l'École de fouilles archéologiques de Pointe-à-Callière en collaboration avec l'Université de Montréal, sur la pointe du même nom. Cette machine à voyager dans le temps ne fut rien d'autre que moi, mon bras, ma truelle, mon piolet et, bien sûr, une bonne dose d'imagination.

Trève de fantaisie, je croyais que les archéologues pouvaient lire les sols comme on lit les différentes pages d'un livre d'histoire. C'est bien normal, car jusqu'à présent, on ne m'avait que raconté l'archéologie. Je n'y avais pas participé et je n'avais pas été témoin du processus intellectuel menant à la compréhension d'un site. Or, s'il y a une chose que j'ai réalisée au cours de ces cinq semaines, c'est que ce n'est pas si simple. Chaque information, chaque petit détail doit être pris en compte.

Fouiller le sol est une chose, mais comprendre ce que l’on fouille en est une autre. Comprendre la superposition des sols est, à mes yeux, souvent un exploit. Encore faut-il savoir les associer à la bonne période et aux couches équivalentes dans les autres carrés de fouilles.

De toutes les informations permettant la compréhension du site en cours de fouilles, les artefacts sont certainement les plus criants. Par exemple, les types de céramiques diffèrent avec le temps. Il en va de même avec les clous et les pipes. Dès les premiers jours de ce « voyage à rebours  », ma coéquipière Jacinthe et moi avons eu la chance de tomber sur quelques artefacts si intéressants qu'ils ont été catalogués. C'est par le biais de ces trouvailles que notre esprit nous plonge, consciemment ou non, cent ans, deux cents ans ou même trois cents ans en arrière.

Ainsi, qui donc utilisait chaque nuit au XIXe siècle ce pot de chambre en terre cuite fine jaune? Comment cet objet a-t-il été cassé et comment s'est-il retrouvé là où nous l'avons découvert en plusieurs morceaux, mais presque complet? Que contenait réellement cette bouteille de painkiller et de quels maux la personne qui l'a utilisée voulait-elle se soigner? Appartenait-elle à un artisan ou ouvrier travaillant dans les entrepôts locatifs environnants? Ou est-ce plutôt un passant qui lança cette bouteille vide, restée en un seul morceau jusqu'à aujourd'hui par un heureux hasard?

Quoiqu'il en soit, ce voyage temporel restera une expérience inoubliable à mes yeux. Il m'a permis de m'initier au questionnement archéologique, à la méthodologie employée dans un chantier de fouilles et surtout de renforcer ma passion pour le passé. Maintenant de retour dans le présent, je souhaite déjà refaire un saut dans le temps.

 
Marie-Claude Brien
Stagiaire en archéologie, 2006
 
Note de référence : BRIEN, Marie-Claude, 2006, Une étudiante ayant participé au programme 2006 de l'École de fouilles archéologiques de Pointe-à-Callière partage avec nous son expérience..., La Recrue, vol. 12, no 3, p. 4.