STAGE 2005
 
Découverte coup de coeur du chantier 2005 : une pipe en terre cuite « Sir Walter Raleigh » datant du milieu du 17e siècle.
 
Équipe
Brad Loewen, professeur (UdM), Christian Bélanger, archéologue (UdM), Monique Laliberté et Suzanne Lachance, spécialistes de la culture matérielle (UdM), Alain Vandal, responsable de la logistique (PAC), Jean-Guy Brossard, directeur adjoint Archéologie (PAC)
 
Stagiaires : Éliane Bossé, Marie-Ève Briand, Vivianna Boilès-Léonard, Theresa Gabos, Annie-Claude Murray, Denise Gagné, Caroline Gay, Karthini Kulasingam, Marie-Claude Rajotte, Marja Vidal
 
Assistantes : Anne-Marie Larochelle, Mathilde Plante St-Arnaud, Élyse Lemay (laboratoire)
 
 
Découverte à l’École de fouilles archéologiques : rêve et réalité
 
Le 2 mai 2005, après trois années d’études acharnées, j’ai finalement fouillé mon premier centimètre carré de sol archéologique alors que j’étais stagiaire à l’École de fouilles archéologiques de Pointe-à-Callière. À ce moment précis, j’étais persuadée qu’un jour, je ferais une découverte extraordinaire qui me rendrait célèbre. Évidemment, je ne l’aurais jamais avoué ! Aujourd’hui, ma vision de la réalité d’une fouille archéologique a beaucoup changé, même si j’ai fait une découverte relativement importante pour la compréhension de l’époque du fort de Ville-Marie et très importante pour moi, car elle restera toujours gravée dans ma mémoire.

À l’occasion d’une fouille archéologique, il est parfois préférable d’utiliser un piolet (petite pioche) pour creuser un sol dur ou stérile. Ce jour-là, c’est cette méthode que nous utilisions, ma collègue Marja et moi, jusqu’à ce que nous tombions sur une section de terre plus meuble et donc susceptible de contenir des artefacts. Je troquai donc le piolet pour la truelle. Ce fut heureux, car c’est alors que j’ai mis à jour une pipe possiblement complète et, surtout, incroyablement belle ! Sa surface est entièrement gravée et on y retrouve une foule de détails. Honnêtement, Marja et moi n’avions aucune idée de la provenance et de l’âge de cet objet, mais je n’ai pas pris beaucoup de temps à l’apprendre.

Grâce à Monique Laliberté, qui est spécialiste en culture matérielle, j’ai appris que mon objet de terre cuite datait du milieu du 17e siècle et qu’il représentait le visage d’un certain sir Walter Raleigh en train de fumer la pipe. La légende dit que ce monsieur était un navigateur hollandais qui faisait voyage vers les Amériques. Alors qu’il approchait la côte de la Virginie, il tomba à l’eau et se fit prendre par un crocodile. Cependant, comme il était un grand amateur de pipe, l’odeur du tabac rebuta l’animal qui décida de laisser partir son repas ! Donc, en hommage à ce héros de la fumerie, on produisit une série de pipes à son effigie. Incroyable ! La découverte de cet objet, sur le terrain de l’ancien fort de Ville-Marie dans le Vieux-Montréal, nous a permis d’affiner nos datations et permettra sans doute d’ajouter certaines informations à notre connaissance des échanges commerciaux de l’époque.

Finalement, ce n’est pas cette année que je deviendrai célèbre ! Cependant, je suis maintenant tout à fait en mesure de comprendre l’importance des fouilles archéologiques. Je sais désormais que l’archéologie est une accumulation de milliers de petites informations, aussi importantes les unes que les autres, qui nous permettent de comprendre notre passé.
 
Marie-Eve Briand
Stagiaire en archéologie, 2005
 
Note de référence : BRIAND, Marie-Eve, 2005, Découverte à l’École de fouilles archéologiques : rêve et réalité, La Recrue, vol. 11, no 3 été 2005, p. 7.