STAGE 2002
 
L'équipe
Du 10 juin au 12 juillet 2002, un stage permet à cinq étudiants universitaires de s'initier aux différentes techniques de fouilles sur le terrain.
 
 
 
J’ai creusé le lieu de fondation de Montréal
 
C'était un moment attendu depuis si longtemps, depuis toujours. À quatre pattes sur le sol, sous le plancher fraîchement enlevé de l'entrepôt de l'avitailleur Townsend, je serre fort ma truelle et j'entends mon cœur battre. Tout ce que j'ai lu depuis tant d'années, dans quelques minutes, je le toucherai bientôt de mes mains.

Trois semaines plus tard, je suis toujours à genoux et je creuse. Mon coup de truelle a plus de vigueur qu'au tout début, j'ai les mains calleuses et lentement j'ai parcouru les trois mètres de sols accumulés au fil des siècles me séparant des origines de Montréal.

Vu d'ici, le casque de construction bien vissé sur le crâne, le château de Callière, qui était un de nos objectifs de fouille, n'est plus qu'un petit bout de mur grugé de tous les côtés, mais qui a su se rendre utile même bien après sa démolition en servant d'assise aux constructions ultérieures. Tout au long de mon parcours vertical, j'ai pu observer la lente transformation de Montréal depuis l'époque de Ville-Marie, chaque centimètre creusé ouvrant la voie au voyage à rebours qu'est l'enquête archéologique. En découvrant des perles de traite, j'aurai vu les traces furtives des échanges entre les premiers européens et les amérindiens qui depuis toujours avaient fréquenté ou habité l'endroit. À quelques pas du mur de Callière, une fosse contenant un vase presque complet et une multitude de graines de framboise et de citrouille continue encore à m'intriguer et à m'interroger sur des gestes et des agissements qui ont dû être, à l'époque, de la plus grande banalité. À travers les quelques indices conservés dans le sol, je m'efforce de reconstruire dans ma tête le film des activités quotidiennes d'un temps révolu.

Les fouilles effectuées auront permis de mettre au jour la succession des occupations sur la bande de terre située entre l'ancienne rivière Saint-Pierre et le Saint-Laurent. Chaque information ayant été précieusement recueillie et notée, il reste maintenant à assembler toutes ces données éparses qui constituent un vaste casse-tête. Pour mieux comprendre le rôle de Montréal à travers le temps, du poste avancé à l'intérieur du continent qu'il était à l'époque de Maisonneuve à la fébrile ville portuaire du XIXe siècle jusqu'à nos jours. Et comme le projet de fouille est prévu sur plusieurs années, les prochaines saisons devraient être riches en surprises et découvertes, révélées à la sueur du front et au patient travail des archéologues sur le terrain. Ma truelle attend, elle est prête.
 
Francis Lamothe
Stagiaire en archéologie, 2002
 
Note de référence : LAMOTHE, Francis, 2003, J'ai creusé le lieu de fondation de Montréal !, La Recrue, vol. 8, no 4, p. 5.