Aménagement de forgeron, fouilles 2007
Photo : Alain Vandal, Pointe-à-Callière
 
 
Fouilles 2007
 
La campagne 2007, menée du 7 mai au 8 juin, a permis de consolider les connaissances sur l’aménagement du fort de Ville-Marie.

Un aménagement de forgeron
Les fouilles ont été dirigées dans le secteur où une maçonnerie avait été partiellement dégagée en 2006. Lors de sa découverte, les archéologues ont pu confirmer qu’il s’agissait d’un mur du fort de Ville-Marie, mais sa fonction demeurait encore une énigme. Cette année, l’hypothèse d’un bâtiment à fonction artisanale s’est confirmée lorsqu’un dépôt de scories ferreuses, de charbon minéral et de cendre a été dégagé. Il reste maintenant à comprendre la fonction précise de cet aménagement de forgeron. S’agit-il d’un bas fourneau ou d’une forge?

Le bas fourneau sert à extraire le fer du minerai alors que la forge sert à réchauffer le fer afin de la marteler. Les premiers colons ont-ils produit leur propre fer? Si oui, quelle était la source d’extraction du minerai? Les dirigeants de Ville-Marie ont-ils équipé un artisan spécialisé dans la production du fer?

Une grande fosse
En cours depuis 2002, la fouille de la grande fosse rectangulaire a été terminée cette année. Cette fosse correspond vraisemblablement à un vide sanitaire sous le plancher d'un bâtiment dont la largeur est d’environ 3,5 mètres, alors que la longueur n'est pas encore connue, mais dépasse 7 mètres. Elle serait en lien avec le four à pain situé à 3 mètres plus à l’ouest. Le bâtiment construit sur les limites de la fosse, le four à pain ainsi que le présumé dallage devait former un ensemble fonctionnel à l’intérieur du fort de Ville-Marie.

Deux maçonneries encore plus anciennes
Les deux vestiges en maçonnerie les plus anciens du site ont été mis au jour dans la cour arrière du bâtiment actuel. La première consiste en un alignement de pierres sèches et la seconde à un vestige de trois assises liées d'argile. Elles se distinguent des structures du fort de Ville-Marie par leur orientation aléatoire et s'inscrivent dans les couches plus anciennes que celles associées au fort de Ville-Marie. Leur ancienneté exacte n'est toutefois pas connue mais il est possible qu'elles témoignent des premières phases de la construction du fort de Ville-Marie ou même à une époque encore plus ancienne, entre les haltes de Champlain vers 1611 et l'établissement des premiers Montréalais en 1642. Il s'agit vraisemblablement des plus anciennes structures historiques connues à Montréal.

Des aspects inédits du fort de Ville-Marie
La saison 2007 a permis d’autres avancées significatives sur la connaissance du lieu de fondation de Montréal : d'abord, la présence de perles de verre fabriquées en France dans les années 1600 à 1630 confirme que la pointe à Callière a été occupée par les Français avant 1642. Selon Brad Loewen, directeur du projet et professeur à l’Université de Montréal « le site a sûrement été occupé durant les visites de Champlain et de traiteurs de Québec en 1613 et en 1633 ». Les fouilles ont également permis de mieux comprendre la phase d'abandon du fort entre 1674 et 1688. Le mobilier de cette période revêt un caractère amérindien : des tessons de poterie, des pipes à tuyau amovible, des pointes de projectiles en cuivre, des os de poissons et de petits gibiers ont été mis au jour dans ce niveau d'occupation. De 1670 à 1680, la foire annuelle des fourrures se déroulait à proximité du site. Cette foire attirait des centaines d’Amérindiens qui venaient y commercer. Le site aurait donc connu un retour des occupants amérindiens à la suite de l’abandon du fort et avant que Callière y construise sa résidence en 1688.

De nouvelles problématiques de recherche
Si depuis 2002 les fouilles permirent la mise au jour des vestiges du fort de Ville-Marie, elles nous laissent aussi avec des questions à approfondir lors des prochaines années. Où se situe-t-on précisément dans le fort? Quelles sont les phases d'aménagement au cours des 33 ans de son existence? Et les vestiges antérieurs à 1642 témoignent-ils des premières phases de construction du fort ou correspondent-ils plutôt à des traces laissées par Champlain vers 1611? Voilà autant de questions auxquelles les archéologues tenteront de répondre dans les années à venir.