Fouilles 2008
Photo : Alain Vandal, Pointe-à-Callière
 
 
Fouilles 2008
 
Le matin du 5 mai 2008, pour une septième année consécutive, des étudiants du département d'anthropologie de l'Université de Montréal se sont présentés sur le lieu de fondation de Montréal. À leur tour, ils s'initieront à l'archéologie et à l'histoire de la ville. Trois aires de fouilles, contigües à d'autres dégagées lors de stages antérieurs et couvrant chacune une superficie d'environ 8 mètres carrés, les attendent ... Les objectifs de la saison : poursuivre l'échantillonnage du site et consolider les connaissances acquises lors des années précédentes. À l'issue des cinq semaines de stage, les étudiants auront foulé le sol des sept périodes d'occupation de l'histoire du site.

Le lieu de fondation continu de se révéler
Dès le début des fouilles, les stagiaires ont mis au jour des éléments de fondations du bâtiment de 1879, tout comme des composantes de son premier plancher. Il a également été retrouvé les vestiges plutôt bien préservés d’une plateforme de bois orientée nord-sud qui devait permettre la circulation entre le bâtiment et le nouvel entrepôt érigé vers 1911 dans la cour arrière. Par la suite, la fouille des sols associés à la seconde génération de bâtiments commerciaux érigés sur le site entre 1842 et 1879 a livré plusieurs fragments de céramiques, de verre, de métal et des ossements d'animaux. Quant à la première génération de bâtiments commerciaux construits sur le site au cours de la période 1805-1842, les aires fouillées en 2008 font partie de la cour extérieure qui les reliait. On y a remarqué plusieurs épisodes de rehaussement du terrain constitués de remblais qui, pour la plupart, ont servi de base d’appui à l’aménagement de chaussées de circulation et à un plancher de bois. L’aménagement de la place D’Youville, tout comme la création du port dans les années 1830, ont occasionné un rehaussement important de ce secteur de la ville, ce qui a du forcé les propriétaires riverains à faire de même avec leur terrains. Certains remblais mis au jour pourraient ainsi dater de cette période.

Après deux semaines de travail acharné, les stagiaires ont entrepris la fouille des niveaux du Château de Callière (1688-1765) et du domaine de Callière (1765-1805). La fouille minutieuse de ces sols archéologiques révèle qu'ils sont, à peu de choses près, similaires à ceux des autres secteurs du site et témoignent d'une grande continuité au plan spatial. On note dans une couche, de nombreuses inclusions de charbon de bois probablement issus du brasier qui a provoqué la destruction du château en 1765. La collection d'artefacts reliée à cette période est assez importante et diversifié. Elle contient entre autres, plusieurs fragments de faïences, de grès et de terres cuites communes françaises, ainsi que de nombreuses perles de formes et de teintes diverses.

En ce qui concerne les niveaux du fort de Ville-Marie (1642 à 1688), les étudiants ont poursuivi la fouille d'une grande fosse qui avait été partiellement dégagée l'an dernier dans une sous-opération mitoyenne à une des aires de cette année. Il s'agit d'un creusement de grande dimension qui présente plusieurs similarités avec une autre fosse découverte un peu plus à l'est il y a quelques années. Des fragments épars de bois ont été découverts dans la portion fouillée cette année, tout comme dans la précédente. L'absence de maçonnerie indique que les constructions qu'elles abritaient étaient entièrement faites de bois, y compris les fondations. Ces deux fosses semblent avoir été laissées longtemps à l'air libre avant d'être remblayées, car toutes deux présentaient à leur base une couche de sédiments organiques. On peut supposer que les constructions ont été détruites ou abandonnées dans les années 1660 ou 1670 et laissées à ciel ouvert, jusqu'à ce qu'on remblaie le sol pour aménager le Château de Callière. L'intervention de 2008 a aussi permis de poursuivre la fouille d'une tranchée qui avait été entreprise en 2004 dans un secteur voisin. On y a décelé les traces d'un amas de bois de forme subcirculaire correspondant apparemment à la base d'une clôture constituée d'un rang serré de poteaux. La faible profondeur de la tranchée suggère une structure de petit gabarit et en raison de son emplacement sur le site, il s'agirait d'un ouvrage de partition d'un espace situé à l'intérieur du fort.

Puis, les étudiants ont finalement atteint le sol naturel, qui constitue la surface d'origine du terrain comme on le trouvait avant 1642, dans deux des aires fouillées cette année. Le matériel recueilli dans ce niveau est constitué principalement de petits fragments d'ossements d'animaux. Il est possible que le sol naturel ait fait l'objet d'un décapage sur quelques centimètres à l'époque du fort, ce qui expliquerait son faible contenu en culture matérielle.

En bref, la saison 2008 a permis d'approfondir les connaissances quant aux séquences stratigraphiques et aux vestiges d'aménagement mis au jour et de recueillir une intéressante collection d'artefacts qui sera étudiée dans les prochains mois.