Cadran solaire
Remettre les pendules à l’heure; de l’hypothèse à la réalité
Dès la première saison de fouilles archéologiques en 1999, et à chaque année par la suite, des fragments d'ardoise gris foncé ont été découverts sur le site de l'école de fouilles au 214, place D'Youville dans des lots associés au Château de Callière.
 
Les premières recherches ont mené les archéologues à considérer ces fragments comme faisant partie des tuiles d'ardoises qui recouvraient la toiture de la résidence du gouverneur de Callière. Cette ardoise provenait vraisemblablement de la région d'Angers en France.
 
Au cours des années suivantes, les fragments d'ardoise de ce type recueillis sur le site ont toujours été associés aux fameuses tuiles de revêtements, jusqu'en 2007... Au cours de cette saison de fouilles, comme d'habitude, plusieurs fragments d'ardoise ont été mis au jour. En les examinant davantage et en tentant de remonter les fragments, les archéologues ont remarqué des lignes incisées concentriques formant des angles à partir d’un point central. Il devenait évident que certains des fragments retrouvés ne faisaient pas partie des matériaux de construction, mais plutôt d'un instrument de mesure quelconque. Une seconde hypothèse est alors apparue, soit celle d'un rapporteur d’angles.
 
Les fragments portant des incisions ont été traités au Centre de conservation du Québec. Le nettoyage et la restauration de l’objet ont permis de constater que les espaces entre les rayons formaient bel et bien des angles, toutefois, ces angles ne correspondaient pas aux valeurs habituelles des rapporteurs d’angles modernes, à l’exception du 20 0. Il demeurait possible que le rapporteur d'angles ait été fabriqué de façon rudimentaire, pour des besoins particuliers, par exemple pour tailler les tuiles de toiture du Château de Callière. Mais un doute persistait...
 
Les restaurateurs ont aussi émis l’hypothèse qu’il puisse s'agir d’un autre outil de mesure. Au bout d'un moment, l'hypothèse du cadran solaire est apparue. Cette troisième hypothèse s'est, semble-t-il, avérée la bonne. En effet, divers spécialistes du monde de l'astronomie ont confirmé que les angles correspondaient bien à ceux des cadrans solaires que l'on place verticalement sur un édifice.
 
Des recherches ont été entreprises dans les collections d'artefacts des années précédentes afin de retracer des fragments d'ardoise portant des incisions. Jusqu'à maintenant, les fragments du cadran solaire proviennent de quatre lots différents. Fouillés entre les années 1999 et 2008, la plupart des lots se situent au niveau de la première phase d’aménagement de la pointe après l’abandon du fort de Ville-Marie, et constitue la couche d’occupation initiale du domaine de Callière.
 
La découverte d'un cadran solaire du 17e compte parmi les plus précieuses, puisqu’il s’agit d’un objet encore jamais retrouvé sur d’autres sites archéologiques au Québec. Le cadran solaire a déjà été présenté à Pointe-à-Callière, dans le cadre de l'exposition France/Nouvelle-France tenue en 2008. Les recherches se poursuivent afin d'en apprendre davantage sur cet artefact inusité.