Carte Town of Montréal. 1804 à 1842.
 
La priorité accordée en 2003 aux couches du XIX siècle a limité les investigations aux contextes archéologiques plus profonds datant du Régime français. Deux vestiges de l’époque du château de Callière ont néanmoins été dégagés : le prolongement d’un mur du pavillon nord-ouest de la résidence du gouverneur, en 2002, et une partie du mur d’enceinte qui séparait les jardins de la voie de circulation longeant le château.
 
Les fouilles, les analyses effectuées durant l’hiver et l’étude des documents historiques ont permis de démêler le casse-tête d’un site rebâti à neuf à plusieurs reprises. Elles ont notamment permis d’identifier la majorité des structures qui se chevauchent et de mieux définir la périodisation du site.
 
Les données recueillies ont fait ressortir plusieurs épisodes successifs de remblaiement dans les deux mètres et demi et plus de dépôts archéologiques qui recouvrent le sol naturel. Chaque remblaiement a eu pour effet de sceller, sous une masse plus ou moins épaisse de sédiments ou de débris, les vestiges de construction et les dépôts de la période antérieure. Cette particularité nourrissait les espoirs en vue de la campagne de fouilles de 2004 qui serait centrée sur les contextes plus anciens du Régime français.
 
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Fouilles 2003
En 2003, les archéologues ont fait le choix d’élargir le périmètre de fouilles afin de pouvoir dégager une perspective d’ensemble sur de l’occupation du site. L’agrandissement de la zone de fouilles a restreint le gros des interventions aux couches supérieures correspondant aux périodes postérieures à 1805. Au total, quelque 70 mètres carrés ont été fouillés jusqu’au niveau du sol de 1805. Ces fouilles ont permis de mieux cerner, dans l’espace et dans le temps, l’activité commerciale tout au long du 19siècle.
 
En 1805, James Dunlop achète le terrain qu’occupe aujourd’hui partiellement l’École de fouilles. Entre 1805 et 1815, il y construit un entrepôt de trois étages en front de la rue de la Commune, entrepôt qui sera doté d’une annexe quelques années plus tard. Le mur arrière de cette annexe, d’une maçonnerie imposante de pierre calcaire, a été retrouvé.
 
À l’arrière de son entrepôt, Dunlop fait ériger un étroit appentis le long de la limite est du terrain, qui demeure toutefois ouvert sur la Petite rivière du côté nord. Cette « remise » aurait abrité une tonnellerie, mais aucune trace de cette activité n’a été relevée.
 
 
Nouveau propriétaire, nouvelles constructions au début des années 1840. Robert Gillepsie démolit l’édifice construit par Dunlop et y substitue un magasin-entrepôt en pierre de quatre étages s’intégrant à la rangée d’entrepôts en pierre qui longe le port. Ce bâtiment existe toujours. C’est le 211 de la rue de la Commune.
 
L’appentis à l’arrière est élargi. Les vestiges d’un plancher et d’un radier en bois retrouvés à l’intérieur de ce bâtiment soulèvent des interrogations. Leur fonction n’a pu être précisée. Ces structures auraient été construites entre 1842 et 1894. En 1865, les locataires, les quincailliers Mulholland et Baker, sont autorisés à construire une annexe qui traverse le site d’est en ouest.
 
Carte Town of Montréal. 1842 à 1879.
 
En 1878, les héritiers de Hosea Smith, qui ont acquis la propriété en 1865, démolissent toutes les structures à l’arrière du 211 de la rue de la Commune. L’année suivante, ils commencent la construction d’un entrepôt de brique qui occupe toute la largeur du site. Ce deuxième entrepôt est séparé par un espace mitoyen du magasin-entrepôt de pierre de la rue de la Commune. Ils ajouteront par la suite deux bâtiments longs et étroits s’étirant de part et d’autre du terrain jusqu’à la rue des Enfants-trouvés, qui recouvre depuis 1838 une canalisation dans laquelle coule désormais la Petite Rivière devenue le principal égout collecteur de la ville.
 
Cet aménagement a traversé tout le 20siècle sans subir de modifications majeures, si ce n’est le remplacement du bâtiment en bordure ouest du terrain par un petit immeuble de bureaux en brique à deux étages portant le numéro 214 de ce qui est devenu la place D’Youville.
 
Une riche cueillette d’objets est venue documenter l’histoire commerciale du site. Deux assemblages retiennent l’attention. Le premier réunit des pierres de meule et renvoie à l’occupation des lieux par les quincailliers-ferronniers Mulholland et Baker. Le second, un amalgame de pièces de cuir et d’objets divers, suggère la présence d’un artisan du cuir parmi les nombreux locataires méconnus dont on ne retrouve pas encore de traces dans la documentation disponible.