Fouilles 2002
Situé dans le Vieux-Montréal, dans le périmètre nommé « Lieu de fondation de Montréal », le site de fouilles identifié par le code Borden BjFj-101 est localisé au 214, place d'Youville.
 
En 1999, on y a effectué un sondage d'exploration qui révèle la présence d'un dépôt important de sols datant du Régime français ainsi que la présence d'une énigmatique maçonnerie de pierres.
 
L'archéologue Claire Saint-Germain émet alors l'hypothèse que cette maçonnerie pourrait correspondre à un mur du pavillon nord-ouest du château de Callière. En 2002, ce potentiel archéologique donne naissance au projet de l'École de fouilles archéologiques de Pointe-à-Callière, en partenariat avec l'Université de Montréal.
 
À l'été 2002, dans l'ancien entrepôt de l'avitailleur Townsend, le retrait de 25 mètres carrés de plancher en ciment marque le début de la première campagne de fouilles archéologiques au site BjFj-101. Du 10 juin au 12 juillet 2002, un stage permet à cinq étudiants universitaires de s'initier aux différentes techniques de fouilles sur le terrain. Les travaux se déroulent sous la direction de Brad Loewen, professeur et responsable du volet enseignement et recherche en archéologie historique au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal, et de Christian Bélanger, archéologue professionnel responsable des fouilles.
 
Pour la première saison, l'équipe se fixe deux objectifs. Premièrement, vérifier la présence de vestiges maçonnés présumément associés à la résidence du gouverneur de Callière et, deuxièmement, poursuivre l'échantillonnage du site pour mieux comprendre la chronologie des dépôts stratigraphiques et leur contenu.
 
Le mur de pierres retrouvé en 1999 et attribué hypothétiquement au château de Callière devait, selon des plans anciens, se prolonger vers le nord, puis faire un retour d'angle vers l'est. En 2002, les archéologues espéraient donc trouver le prolongement de ce mur, mais leurs recherches sont restées vaines.
 
Par contre, lors de la deuxième semaine de fouilles en 2002, un petit segment de mur délabré est apparu sous un immense dépôt de mâchefer excavé pendant plus de six jours. Les archéologues étaient stupéfaits! Ils venaient de découvrir le véritable mur de fondation du pavillon nord-ouest du château de Callière. Par contre, l'identité de la structure de pierres retrouvée en 1999 demeure toujours une énigme.
 
Un autre enjeu de la campagne de fouilles 2002 était de mieux comprendre l'organisation des couches stratigraphiques du site. Les parois du sondage de 1999 montrent des séquences de sols diversifiés avec des couleurs et des textures différentes. Il reste à savoir plus précisément à quelle période correspond chaque couche. À partir de l'analyse du matériel recueilli dans chacun de ces sols, les archéologues ont établi des rapprochements entre les phases d'occupation et les contextes archéologiques.
 
L'étude divise l'histoire architecturale du site en six grandes périodes :
  1. L'édification du bâtiment actuel (1879 à aujourd'hui)
  2. Les magasins-entrepôts (1842 à 1879)
  3. La première urbanisation (1804 à 1842)
  4. Le domaine de Callière (1765 à 1804)
  5. L'épisode du château de Callière (1695 à 1765)
  6. L'époque du fort Ville-Marie (1642 à 1695)
Le rehaussement important du terrain lors de la construction du château de Callière vers 1695 a permis de mieux comprendre les dépôts archéologiques du Régime français. La diversité observée dans ce remblai peut être attribuée à l'apport des charretées de terre provenant de différents sols. Le remblai sert de cloison quasi étanche entre les contextes archéologiques en place avant 1695 et ceux accumulés à la suite de la construction du château de Callière.
 
Le riche matériel recueilli documente de nombreux aspects de la vie des premiers occupants du site. Une série de petites fosses dont les fonctions restent à découvrir sont antérieures à la construction du château. À quelques pas du mur de Callière, une fosse contenant une terrine presque complète et une multitude de graines de framboises et de citrouilles intriguent les archéologues. L'un des fragments du bol évasé a été confié pour analyse aux soins de Pierre Régaldo du Service régional de l'Archéologie, à Bordeaux en France. D'autre part, un alignement de poteaux de bois, probablement des vestiges de latrines associées au fort Ville-Marie, a été mis au jour. Il pourrait s'agir d'une première découverte tangible concernant le fort.
 
Scellés par une chaussée de mortier, les contextes archéologiques de 1765 à 1804 associés au Régime britannique sont peu documentés. La période suivante allant de 1804 à 1842 correspond à une première véritable urbanisation du site. L'aire de fouilles de 2002 recoupe un bâtiment du début du XIX siècle à l'intérieur duquel une couche d'anthracite (charbon minéral) est présente. Quant à elle, la période de 1842 à 1920 comporte encore de nombreuses interrogations qui alimenteront les recherches à venir.
 
Le rapport de fouilles, 2002 - première hypothèse
 
Le rapport de fouilles, 2002 - deuxième hypothèse