Le château de Callière se livre
Chaque année, l’imposante résidence du gouverneur Louis-Hector de Callière livre un peu plus de ses secrets. La découverte de nouveaux vestiges fournit de précieuses indications sur sa localisation et sur ses dimensions.
 
La résidence que Louis-Hector de Callière fait construire sur la pointe est imposante. Selon une description de l’époque, c’était un bâtiment en pierre comportant un rez-de-chaussée, un étage et des pavillons mansardés à chaque coin.
 
Avant le début des travaux de l’École de fouilles, l’archéologie n’avait livré qu’un seul vestige du château : une section de mur du pavillon nord-est mise au jour en 1993. En 2002, un pan du mur ouest du pavillon nord-ouest était découvert. Les fouilles de 2003 ont dégagé son prolongement vers le sud.
 
Ce mur en pierres des champs liées avec un mortier à chaux fait au total une longueur de 16 pieds français (5,2 m). Il a une épaisseur de deux pieds (65 cm), ce qui correspond aux données d’un inventaire réalisé en 1715 fixant à une douzaine de pieds (3,9 m) la dimension intérieure des pavillons.
 
La distance entre les vestiges des pavillons nord-est et nord-ouest permet d’établir à environ 15,5 mètres la largeur du château de Callière, pavillons inclus. L’archéologie ne nous en dira guère plus, du moins dans un avenir proche. Le château est en effet enfoui sous le bâtiment voisin qui longe la rue de Callière, auquel les archéologues n’ont pas accès. Il faut donc s’en remettre à des plans anciens pour estimer sa longueur qui se situerait entre 25,2 et 25,8 mètres.
 
Un remblai de terre de 60 à 90 centimètres d’épaisseur s’étend à l’ouest des vestiges du château. Mis en place lors de la construction de ce dernier, ce remblai daterait de 1695. Les fouilles de 2004 en ont passé une partie au peigne fin. Un muret a été dégagé à la limite des jardins de la résidence. Il était dérasé à une dizaine de centimètres sous le sol d’occupation de l’époque, peut-être pour augmenter la surface de labour après la destruction du château par l’incendie du 18 mai 1765. L’analyse des restes végétaux et de la localisation des objets que contenait le remblai permettra de valider cette hypothèse.
 
Le « remblai de Callière » a livré plusieurs traces datant de l’époque du château. On y a trouvé de la chaux ayant servi à faire du mortier pour la construction du château, des trous où s’enfonçaient des poteaux, un mince dépôt de cendre que l’on associe à sa destruction par le feu.
 
Une barrique, mise en place après la destruction du château, a laissé une forme nette. Elle a pu servir à recueillir l’eau de pluie pour l’arrosage des jardins, qui ont continué à être exploités après l’incendie. Une fosse ayant apparemment servi au compostage de matériaux organiques a également été découverte à proximité.
 
De nombreux objets ont été extirpés du sol : tessons de terre cuite commune française, pierres à fusil, ossements d’animaux, perles en verre et en coquillage, verre fin de table, clous forgés, morceaux d’ardoise… L’analyse de ces découvertes nous renseignera sur les activités pratiquées sur la pointe à l’époque du Régime français, et même avant.