Site de l’École de fouilles de Pointe-à-Callière, au 214, place d’Youville, Vieux-Montréal.
Un locataire anonyme
Avant de servir de terrain d’apprentissage aux archéologues stagiaires, le site de l’École de fouilles a eu plusieurs propriétaires. Les greffes des notaires ont permis de les retracer. De nombreux locataires ont occupé les lieux. Qui étaient-ils? Quelles étaient leurs activités? Faute de documentation historique, nous l’ignorons.
 
L’archéologie ouvre ici des pistes aux historiens. Les fouilles ont livré un amalgame dense de cuir, tissu, chaussures, œillets, épingles et bobines de fil en bois. Beaucoup de boutons aussi, en métal, en nacre, en os, en laiton, en verre noir, en verre blanc opaque... Une telle accumulation ne correspond pas à un usage domestique, d’autant plus que tous ces objets semblent avoir été jetés en vrac en une seule fois, probablement lors d’un réaménagement complet du site vers 1880. La présence d’un artisan du cuir est plus vraisemblable.
 
Le cuir était un matériau répandu au XIX siècle. On s’en servait notamment pour fabriquer des bottes et des chaussures, confectionner des vêtements et des attaches, manufacturer des selles et des harnais, habiller les voitures et les calèches. Le quartier Saint-Henri était célèbre pour ses tanneries. Est-ce là que s’approvisionnait notre locataire anonyme?
 
Les pièces et objets de cuir qui séjournent dans le sol pendant de nombreuses années sont généralement dans un état de conservation délicat. Le cuir est un matériau organique qui se décompose rapidement. Les talons sont plus résistants puisqu’ils sont faits de plusieurs couches de cuir épais maintenues à l’aide de petits clous de métal ou, s’ils sont très anciens, à l’aide de petites chevilles de bois. Ces pièces et objets ne sont pas toujours récupérables. Quoique les restaurateurs soient de véritables artistes!