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La terrine, ce grand bol évasé muni d'un bec verseur, a connu de multiples usages en Nouvelle-France. Elle pouvait servir à la préparation des aliments ou à la cueillette des petits fruits. Quand elle a été retrouvée par les archéologues, celle-ci était renversée et contenait de nombreuses graines de fruits.

 
 
Terre cuite grossière à glaçure verte
Fin XVII / début XVIII siècle
Site archéologique du château de Callière
Pointe-à-Callière
Une poterie de Sadirac en Nouvelle France
« À quelques pas du mur de Callière, une fosse contenant un vase presque complet et une multitude de graines de framboises et de citrouilles continue encore à m'intriguer et à m'interroger sur des gestes et des agissements qui ont dû être, à l'époque, de la plus grande banalité. »
 
Francis Lamothe, stagiaire en archéologie
Fouilles 2002
 
Lors des fouilles de 2002, plusieurs tessons de terre cuite dite « chamois glaçure verte » ont été inventoriés. Pierre Régaldo, du Service régional de l'Archéologie à Bordeaux en France, a analysé deux d'entre eux et a suggéré leur origine sadiracaise. L'un des tessons provenait d'une terrine presque complète qui reposait au cœur d'une fosse datant de la période de 1642 à 1695 (époque du fort Ville-Marie). Monsieur Régaldo a indiqué que ce tesson était caractéristique des productions de Sadirac de la fin du XVII et du début du XVIII siècles.
 
La poterie à Sadirac, village situé à vingt kilomètres de Bordeaux dans l'Entre-deux-Mers, remonte aussi loin que l'Antiquité gallo-romaine. Une visite de la Maison de la Poterie à Sadirac, en compagnie de Pierre Régaldo, a permis aux archéologues de mieux comprendre les méthodes de datation, dites « contextuelles », car elles se reportent à l'évolution chronologique des poteries locales.
 
 
Avant 1550, les fours étaient dispersés autour de Sadirac et les potiers utilisaient un limon argileux qui produisait une céramique rosée. L'intensification du négoce bordelais au XVI siècle les aurait incités à se regrouper dans le bourg de Sadirac. Ils découvrirent alors une « argile bleue » issue de carrières plus profondes, donnant après cuisson une céramique blanchâtre qui a tendance à se feuilleter.
 
À son apogée, vers 1730, la production de poterie employait 150 familles dans un rayon de dix kilomètres autour de Sadirac. Cette période voit également un retour à l'emploi du limon argileux de surface, lequel est parfois mélangé avec l'argile bleue trouvée en profondeur. Il en résultait parfois des pâtes marbrées blanc et rose. L'utilisation de différentes matières premières et l'évolution technique au cours des siècles permettent de suggérer une date pour les productions.
 
Les céramiques de Sadirac ont traversé l'Atlantique grâce aux commerçants de Bordeaux. En effet, les potiers locaux profitaient des liens commerciaux tissés entre les vignerons de l'Entre-deux-Mers, région viticole délimitée par la Garonne et la Dordogne, et les négociants bordelais. La terrine sadiracaise retrouvée à Montréal permet de confirmer la filière bordelaise dans le commerce transatlantique du XVI au XVIII siècle.
 
Pierre Régaldo Saint-Blancard est directeur des fouilles à Sadirac et archéologue de la Direction régionale des Affaires culturelles d'Aquitaine, France.