Le tintement de sa clochette attirait une meute d’enfants fascinés par le jaillissement des étincelles au contact de la pierre et du métal. De chaque maison, on accourait les bras chargés de couteaux, de ciseaux, de haches.
 
Rares sont les aiguiseurs qui sillonnent encore les rues. Surtout, ils ne le font pas en tirant leur meule montée sur une charrette. À une certaine époque, celui que l’on appelait aussi le rémouleur allait de villes en villages en portant sa lourde meule sur son dos.
Les années Mulholland et Baker
De 1865 à 1878, les quincailliers-ferronniers Mulholland et Baker ont loué le 211, rue de la Commune. Les fouilles archéologiques de 2003 à l’arrière du bâtiment ont mis au jour un ensemble important de pierres de meule, destinées à l’affûtage des outils en métal. Cette découverte jette un nouvel éclairage sur la nature des activités de ces importants marchands montréalais.
 
Les quincailliers-ferronniers Mulholland et Baker ont occupé le site des fouilles entre 1865 et 1878. Henry Mulholland était un quincaillier d’expérience qui avait été l’un des associés de Brewster Mulholland and Co. Son partenaire, Joel C. Baker, avait renoncé à une carrière en droit pour se lancer dans le commerce.
 
Les dépôts correspondant à leur occupation des lieux contenaient 119 fragments de pierres de meule et une pierre complète. Découvert lors des fouilles du printemps 2003, cet assemblage a fait l’objet d’une analyse durant l’hiver 2003-2004.
 
De diamètre variable, ces pierres sont plus petites que les pierres de silex rainurées servant à moudre le grain. Elles ont été taillées dans un grès calcaire, une pierre abrasive à grains fins qui permet d’aiguiser et même de polir. Ce sont donc des meules d’affûtage. Tout porte à croire qu’elles étaient utilisées sur place par les quincailliers pour limer des instruments qu’ils fabriquaient ou offrir un service d’affûtage des outils tranchants.
 
 
À l’époque, les plus importants fournisseurs de pierres de meule se trouvaient en Angleterre, en France et en Allemagne. Il y avait aussi quelques fabriques nord-américaines, notamment dans les Maritimes près de la baie de Fundy et dans la vallée de l’Ohio. En l’absence d’objets de comparaison, il est difficile de dire où s’approvisionnaient Mulholland et Baker.
 
La compagnie Mulholland et Baker avait pignon sur rue à plus d’un emplacement dans le Vieux-Montréal. Leur magasin du 243, rue Saint-Paul se spécialisait, selon l’annuaire Lovell, « dans la vente en gros de quincaillerie et de fer ». Mulholland et Baker avaient aussi un entrepôt aux 419 et 421, rue Saint-Paul et, à partir de 1875, un commerce d’importation de quincaillerie et de divers métaux ainsi qu’une manufacture de clous, rue Saint-François-Xavier.
 
L’édifice de la rue de la Commune semble avoir eu comme vocation première d’être un entrepôt et non un magasin. La découverte de briques réfractaires, d’objets façonnés de fer forgé et d’une accumulation de résidus de la fonte et de la transformation des métaux soulèvent l’hypothèse que Mulholland et Baker aient pu y exploiter une forge. Mais cela demeure une hypothèse.